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dimanche 19 mars 2017

Chloé

Je l'aime ma Chloé.
Cela fait trois ans que nous ne vivons plus ensemble – pensez-vous, elle voulait un enfant ! - mais elle est toujours là pour moi. A toute heure de la journée, et même de la nuit, je peux lui rendre visite, sa porte est toujours ouverte. C'est bien pratique par temps de vaches maigres. J'ai du succès avec les femmes, mais que voulez-vous, parfois, certaines se font désirer. Elles appellent ça rester dignes. Drôle d'idée. Moi, je m'en fiche, j'ai ma Chloé !
Quand je l'ai appelée à trois heures du matin pour m'aider à découper les corps, elle a été un peu dubitative.
- De quoi ?
- Les corps, Chloé. Découper les corps !
- Pour quoi faire ?
Elle est jolie, mais pas très futée, ma Chloé.
- Éliminer les preuves.
- Ah...
Elle est venue, et elle m'a aidé du mieux qu'elle a pu. Surtout pour éponger car il y en avait, du sang. Une vraie fontaine ! Un couple et deux adolescents, ça chiffre dans les vingt litres ! Au moins !
- Pourquoi tu les as tués ?
Elle m'a demandé ça après avoir rempli le sixième sac. Elle est un peu à retardement, ma Chloé.
- Pour l'or. Tu sais, la petite caisse héritée de ton grand-père.
- Ah...
Pendant qu'on roulait en direction de la forêt, elle m'a posé une autre question :
- Tu ne pouvais pas la prendre et partir avec, sans tuer personne ?
- Si je l'avais trouvée, j'aurais sans doute fait ça. Le problème, c'est que ton crétin de neveu m'est tombé dessus dans la cave. Il a menacé d'appeler les flics. Il a réveillé tout le monde. Bref. C'était la merde, j'ai dû improviser. Et bien entendu, je n'ai pas mis la main sur l'or. Ils ont dû le cacher ailleurs.
- Ah...
Elle avait l'air contrarié. Et comme pour confirmer mes craintes, elle a ajouté.
- Je l'aimais bien, mon frère.
J'ai posé ma main sur la sienne pour la consoler. Nous avons échangé un regard. La tendresse se lisait dans ses yeux. Une fois stationnés sur un chemin forestier, nous nous sommes embrassés. Manque de place, manque de temps, j'ai déboutonné la fermeture de mon pantalon et ai offert à sa bouche l'objet de notre désir mutuel. Elle aimait bien ça, ma Chloé. Elle me disait souvent que j'avais bon goût !
Ensuite, nous avons creusé, enfin surtout elle. Avec ma scoliose, je dois me ménager. Nous avons déposé les sacs dans les tombes improvisées, j'ai tout incendié à l'essence. Ensuite, nous avons recouvert le brasier. Ni vu, ni connu.
Je l'ai raccompagnée chez elle. Elle m'a proposé de rester, mais compte tenu des circonstances, j'ai préféré décliner l'invitation. Je lui ai promis de la rappeler.
Une fois de retour chez moi, j'ai compté les pièces. Il y en avait moins que prévu, mais le revendeur au coin de ma rue me les a achetées sans poser de questions. C'était suffisant pour me tirer de ce pays, et à tout jamais.

La police a inculpé Chloé peu de temps après mon arrivée à Singapour. Dommage, mais c'est de sa faute. Elle n'avait qu'à mieux nettoyer !